C'est quoi un MCP ? Le port USB-C qui branche votre agent IA à vos outils
Vous vous souvenez de l’époque où chaque téléphone avait son propre chargeur ? Et même plus si on compte les autres appareils électroniques. Donc un câble pour l’iPhone, un pour le Samsung, un autre pour l’appareil photo, etc. Le tiroir à câbles débordait, et nos amis n’avaient jamais le bon chez eux.
Et puis l’USB-C est arrivé. Une seule prise, et à peu près tout se branche dessus.
Le MCP, c’est un peu l’USB-C pour les agents IA. Une prise commune pour brancher votre agent à d’autres outils et services. Dans l’article précédent, je disais que la plupart des connecteurs reposent dessus. Il est temps de soulever le capot.
Pourquoi connecter son agent, déjà ?
Petit rappel, si vous arrivez directement ici.
Derrière un agent IA, il y a un modèle qui connaît plein de choses sur le monde, parce qu’il a été entraîné sur une énorme quantité de textes. Mais il ne connaît rien de vous : ni vos mails, ni votre agenda, ni vos documents, ni vos projets. Sans aide, il donne des réponses justes en général, mais rarement justes pour vous.
Le connecter à vos outils change ça. Il s’appuie sur vos vraies données, toujours à jour puisqu’il va les chercher au moment où il en a besoin. Et il peut agir : préparer un brouillon, créer un événement, mettre à jour une page.
J’en parle plus longuement dans l’article qui ouvre cette série.
Avant le MCP, un câble par appareil
Pour qu’une IA puisse lire votre agenda, il faut que quelqu’un écrive le code qui fait le pont entre les deux. Comment on demande la liste des rendez-vous, comment on en crée un, ce que l’agenda répond.
Le problème, c’est que ce pont était à refaire pour chaque couple. Claude et Google Agenda. ChatGPT et Google Agenda. Claude et Notion. ChatGPT et Notion. Et ainsi de suite pour chaque IA et chaque service. Autant de câbles différents dans le tiroir.
Le MCP propose de tout ranger avec une seule prise. Le service écrit le code pour cette prise universelle une fois, dans un format commun. Et toutes les IA qui parlent ce format peuvent l’utiliser.
Le MCP, avec des mots simples
MCP veut dire Model Context Protocol. Un protocole, c’est une convention, une langue commune que deux programmes acceptent de parler pour se comprendre. Ici, la langue sert à faire discuter un agent IA avec un service.
Il y a deux côtés à la prise :
- le serveur MCP, côté service. C’est lui qui dit « voilà ce qu’on peut faire avec moi » ;
- le client, côté agent. Claude, ChatGPT, Codex, Gemini… C’est lui qui écoute et qui utilise.
Ce que le serveur propose, ce sont surtout des outils : des actions avec un nom et une description. Pour un agenda, ça pourrait être « lister les rendez-vous d’une journée » ou « créer un événement ». L’agent lit ces descriptions, comprend à quoi sert chaque outil, et décide tout seul de s’en servir quand votre demande le justifie. Vous demandez « Qu’est-ce que j’ai demain ? », il appelle le bon outil, récupère la réponse et vous la reformule.
Le serveur peut aussi donner accès à des données (des fichiers, des documents) mais l’idée reste la même : il décrit ce qu’il sait faire, comment l’utiliser, et l’agent pioche dedans.
D’où ça vient ?
Le MCP a été lancé par Anthropic, l’entreprise derrière Claude, fin 2024. J’en parlais d’ailleurs à l’époque, en une ligne, dans un article sur l’évolution du métier de développeur.
Ce qui aurait pu rester une recette propriétaire chez Anthropic a pris beaucoup plus d’ampleur. Les autres l’ont adopté : on le retrouve aujourd’hui dans ChatGPT, Gemini, Copilot, et dans la plupart des agents. Fin 2025, Anthropic l’a même confié à une fondation sous l’égide de la Linux Foundation, l’Agentic AI Foundation, cofondée avec OpenAI et Block.
Dit autrement, le MCP n’appartient plus vraiment à quelqu’un. C’est un standard ouvert, et c’est ce qui fait sa force. Une prise que personne ne peut verrouiller pour son propre usage.
Comment on en ajoute un ?
Il y a plusieurs chemins, du plus simple au plus bricolé.
Le connecteur. C’est le plus facile, et vous l’avez peut-être déjà fait sans le savoir. Un connecteur dans Claude ou ChatGPT, c’est très souvent un MCP emballé : un catalogue, une fiche, un bouton, et la connexion à votre compte. J’imagine même que la plupart des personnes qui ajoutent un connecteur ne savent pas que ça passera par un MCP, ni même ce qu’est un MCP. Et on s’en fout, c’est la force des connecteurs.
Un MCP distant, avec une adresse. Si votre service n’est pas dans le catalogue mais qu’il propose son propre serveur MCP, il suffit généralement d’en récupérer l’adresse (une URL, comme celle d’un site) et de l’ajouter comme connecteur personnalisé. Le serveur tourne chez le service, sur internet, et votre agent va lui parler à distance.
Un MCP local, sur votre machine. C’est la partie qu’on oublie souvent : un MCP n’est pas qu’une interface pour discuter avec un service web. Il peut tourner directement sur votre ordinateur, et servir de pont vers des outils ou des applications qui y sont installés. Vos fichiers, git, votre navigateur, un logiciel de design ou de 3D… Tout ce qui tourne en local peut, en théorie, avoir son MCP. Les agents installés sur votre machine (Claude Code, Codex, etc.) savent les lancer.
Et le raccourci habituel. Demandez à votre agent. Je veux que tu puisses lire mes pages Notion, installe-moi le MCP officiel de Notion. Il saura souvent trouver le bon serveur et faire l’installation. La connexion à votre compte, ou la clé à fournir, c’est à vous de la faire.
Ce qui est bien avec le MCP
C’est universel. C’est l’argument principal. Un service qui propose un MCP est utilisable depuis Claude, ChatGPT, Codex, Gemini, et la plupart des agents. Vous changez d’outil demain ? Le MCP vous suit. On n’est pas enfermé chez l’un ou chez l’autre.
L’écosystème est énorme. Parce que tout le monde parle la même langue, beaucoup de services ont sorti leur propre serveur MCP, souvent officiel. Et la communauté a comblé une bonne partie des trous.
On peut se connecter avec son compte. Pour beaucoup de MCP distants, pas de clé à manipuler : on se connecte au service comme sur un site classique, et on valide les accès.
On peut créer le sien. Votre outil n’a pas de MCP ? Il est possible d’en écrire un. Je ne vais pas rentrer dans les détails ici (ce sera peut-être l’objet d’un autre article) mais sachez que c’est à la portée de votre agent : décrivez-lui ce que vous voulez, il peut le fabriquer.
Et ça ouvre une possibilité que j’aime beaucoup : choisir précisément ce que l’agent a le droit de faire.
Pendant un temps, j’avais un agent sur mon homelab qui devait pouvoir travailler avec git (l’outil qui garde l’historique des modifications d’un projet). Plutôt que de lui donner accès à tout git, je lui avais fait un petit MCP qui ne proposait que trois actions : enregistrer ses modifications, les envoyer, et récupérer les nouveautés. Rien d’autre. Comme il n’avait pas non plus accès au terminal, ce MCP était sa seule porte vers git. Au moins, j’étais sûr qu’il ne pourrait pas supprimer quelque chose, réécrire l’historique ou changer de branche.
C’est exactement ce que je défendais dans le premier article de la série : le meilleur moyen d’empêcher un agent de faire une action, ce n’est pas de lui interdire dans un prompt. C’est de ne pas lui en donner la capacité.
Et ses limites ?
C’est gourmand en tokens. Un token, c’est un petit morceau de texte, l’unité avec laquelle un modèle lit et écrit. Et un modèle ne peut en garder qu’un certain nombre en tête à la fois, c’est sa fenêtre de contexte. Or, pour savoir quels outils il a à sa disposition, l’agent doit lire leurs descriptions. Souvent, toutes, dès le début de la conversation. Un serveur MCP qui propose des dizaines d’outils, multiplié par plusieurs serveurs, et une bonne partie de la mémoire de travail de votre agent est déjà occupée avant même que vous ayez posé votre question. C’est plus lent, ça coûte plus cher, et ça laisse moins de place pour le reste.
À nuancer quand même : certains agents ne chargent plus les descriptions qu’au moment où ils en ont besoin. Ça allège beaucoup. Mais tous ne le font pas.
C’est pour cette raison que j’ai fini par lever le pied. J’utilisais des MCP quand il n’y avait pas encore autant de connecteurs. Aujourd’hui, je passe surtout par les connecteurs et par des CLI (des outils en ligne de commande, qui auront leur propre article dans cette série, et qui sont souvent plus légers). Et quand j’utilise un MCP, je le limite : je l’ajoute ou je le désactive selon les moments, et je ne le mets pas dans tous mes environnements.
La qualité est variable. Universel ne veut pas dire bien fait. Certains serveurs MCP sont soignés, d’autres beaucoup moins : des outils mal décrits que l’agent comprend de travers, des actions trop larges, des bugs. Privilégiez les MCP officiels, publiés par le service lui-même.
Attention à ce que vous installez. Un MCP local tourne sur votre machine, avec vos droits. Un MCP trouvé au hasard d’un dépôt inconnu, c’est un peu comme un programme téléchargé sur un site douteux. Même réflexe que pour les skills : on vérifie la source avant d’installer.
L’injection de prompt n’a pas disparu. Un MCP qui lit vos mails ou des pages web fait entrer dans la conversation des contenus qui viennent de l’extérieur. Si l’un d’eux contient des instructions cachées, l’agent peut se faire piéger. Le MCP ne protège pas de ça, il faut garder en tête les réflexes de base : lecture seule quand c’est possible, et validation humaine pour ce qui ne s’annule pas.
Connecteur ou MCP ?
Si le service que vous voulez brancher est dans le catalogue de connecteurs de votre IA, commencez par là. C’est plus simple, et c’est souvent un MCP de toute façon.
Le MCP direct devient intéressant quand le connecteur n’existe pas, quand vous voulez utiliser le même service depuis plusieurs agents, quand l’outil tourne sur votre machine, ou quand vous voulez décider vous-même de ce que l’agent peut faire.
Et dans tous les cas, gardez un œil sur ce que vous branchez. Une prise USB-C qui recharge tout, c’est pratique. Brancher tous les appareils en même temps sur la même multiprise, un peu moins.
Prochaine étape de la série : la clé d’API. Ce petit code secret que beaucoup de MCP (et pas mal d’autres outils) vous demandent de fournir, et qu’il vaut mieux ne pas laisser traîner.
Connecter un agent IA à d’autres services :
- Comment connecter son agent IA à ses outils (Gmail, Notion, Google Agenda…) ?
- C’est quoi un connecteur IA ? Relier Claude ou ChatGPT à vos outils en quelques clics
- C’est quoi un MCP ? Le port USB-C qui branche votre agent IA à vos outils
- C’est quoi une clé d’API ?
- C’est quoi un CLI ?
- C’est quoi un webhook ?