Ma première fois avec un agent IA - un guide accessible pour démarrer
Vous utilisez déjà un chat (ChatGPT, Claude, Gemini) pour formuler un mail, débloquer un problème, rédiger une newsletter ? Très bien. C’est probablement le point de départ le plus simple pour jouer avec une IA. Aujourd’hui je vous propose de faire un pas en avant vers les agents.
Avec les agents IA, on ne demande plus seulement une réponse dans une conversation. On installe l’agent quelque part avec des fichiers, du contexte, des règles, des pouvoirs. Et là, il peut commencer à travailler dans un environnement, pas seulement répondre dans une fenêtre de chat.
C’est ce qui m’intéresse dans cet article : faire un premier pas concret. Pas devenir expert en automatisation, gestion de la mémoire, ou autres concepts qui gravitent autour. Non, juste créer un premier workspace IA, lancer une vraie tâche, et comprendre pourquoi ça change autant de choses.
Derrière ce titre à double sens, je vous propose donc un début accessible pour tous. Pas besoin d’être tech.
Rappel important : les IA (agent ou chat) peuvent réutiliser vos données. Faites attention au service et type d’abonnement que vous utilisez, et aux informations que vous communiquez.
Du chat à l’agent, il manque surtout un espace de travail
Dans l’article précédent sur les agents IA, je donnais l’image d’une boucle pour définir un agent : observer, décider, agir, observer à nouveau.
Un chat classique répond à ce qu’on lui donne. Si on oublie un contexte, il ne l’a pas. Si on veut qu’il reformate un fichier, il faut lui donner, expliquer la structure, récupérer le résultat, et le ranger quelque part. Ça marche, mais on finit vite par être l’assistant de notre propre assistant IA.
Un agent, lui, devient vraiment intéressant quand il a un endroit où travailler. Un dossier, des fichiers, des consignes, des exemples, du contexte, des notes, etc. Il devient davantage autonome pour atteindre un objectif.
Et c’est là-dessus qu’on va se concentrer. Notre premier pas avec les agents IA, ce ne sera pas d’écrire le prompt parfait, ni de trouver le meilleur modèle ou plateforme. Ce sera de créer un espace où l’agent peut comprendre notre contexte, poser les bonnes questions, puis produire quelque chose qui nous correspond.
Ah, et bonne nouvelle, ce premier espace est très simple à préparer.
Choisir une application, sans en faire une religion
Pour travailler avec un agent sur notre ordinateur, il faut généralement une application qui peut accéder à un dossier local, lire et manipuler des fichiers, lancer des commandes. C’est ce qui permet de passer du “chat” à un “agent qui travaille dans un projet”.
Aujourd’hui, on trouve plusieurs outils grand public dans cette famille : Claude Cowork côté Anthropic, Codex côté OpenAI (renommé tout récemment ChatGPT), Antigravity côté Google, Cursor, et sûrement d’autres au moment où vous lirez ces lignes. Ce sont des applications à télécharger et installer sur un ordinateur.
Lequel choisir ? Honnêtement, pour commencer, je trouve que c’est moins important que le système que vous mettez en place autour.
Les modèles progressent vite, les abonnements changent, les limites bougent, et chacun aura ses préférences selon ses usages. J’en parlais déjà dans mon article sur le “meilleur” modèle IA : la bonne réponse dépend du contexte. Pour mes besoins actuels, j’ai une préférence pour Codex, avec Claude pas loin derrière. Mais ce n’est pas une véritée absolue.
L’important, pour ce premier exercice, c’est surtout de choisir un outil capable d’ouvrir un dossier de travail et d’agir sur des fichiers. Faites votre choix puis installez l’application sur votre ordinateur. Une fois que vous avez ça, on peut préparer l’espace de travail.
Préparer un premier workspace IA
On va partir sur une structure volontairement simple pour notre espace de travail. Ce n’est pas la bonne structure. C’est une structure pour commencer, que vous adapterez ensuite à votre façon de travailler et au fil de vos découvertes.
Une précision. Quand je parle d’espace de travail ou workspace, c’est tout simplement un dossier que vous ouvrirez avec votre application. L’agent pourra jouer avec tout ce qu’il y a à l’intérieur.
Vous allez donc devoir créer un dossier “workspace” où bon vous semble (sur votre bureau, dans vos documents) et avec le nom que vous souhaitez. Il faudra ensuite créer cet ensemble de dossiers et fichiers à l’intérieur du dossier workspace, qui correspond à notre structure :
workspace/
├── 00-contexte/
│ ├── a-propos-de-moi.md
│ ├── mon-style.md
│ └── regles.md
├── 01-projets/
│ └── premier-projet/
│ └── ...
├── 02-templates/
│ └── modele-xyz.md
└── 03-livrables/
Ici, plusieurs solutions. Via votre explorateur de fichier / Finder. Via Obsidian. Via un IDE ou en terminal. Peu importe. Ou sinon… pourquoi ne pas demander à un agent ? Après tout, on vient de dire qu’il peut manipuler des fichiers dans son espace de travail, alors profitons-en.
Faisons notre toute première tâche avec un agent :
- Lancez donc votre application (pour rappel, il s’agit de Claude Cowork, ChatGPT Codex, etc).
- Ouvrez votre dossier “workspace” (selon l’application, il faut créer un projet en ciblant le dossier).
- Démarrez une nouvelle conversation (en ciblant bien le dossier/projet) et demandez lui de travailler durement !
Crée l'arborescence de dossiers et les fichiers vides suivants dans mon workspace actuel :
workspace/
├── 00-contexte/
│ ├── a-propos-de-moi.md
│ ├── mon-style.md
│ └── regles.md
├── 01-projets/
│ └── premier-projet/
│ └── ...
├── 02-templates/
│ └── modele-xyz.md
└── 03-livrables/

Capture d’écran d’un agent qui a créé la structure.
Et voilà. J’en profite pour une rapide explication, à quoi servent chacun de ces dossiers ?
00-contextecontient ce que vous ne voulez pas répéter à chaque fois : qui vous êtes, comment vous travaillez, votre style, vos règles.01-projetscontient les informations et documents propres à chaque projet en cours. On peut imaginer des projetsma newsletter jardinageetma super entreprise de plomberiepar exemple.02-templatesgarde la définition de vos formats à réutiliser. Le template d’une newsletter par exemple (les sections, la description de chaque section, etc), ou d’un mail de prospection.03-livrablessert à ranger ce que l’agent produit.
Vous pouvez évidemment faire autrement. Ajouter un dossier archives pour les projets terminés. Un dossier ressources pour capturer des articles, posts, vidéos ou notes. On peut aussi définir des règles et styles par projet plutôt que pour tout le workspace. Ou partir sur une structure plus proche d’un wiki, comme le wiki proposé par Andrej Karpathy.
Ce qui compte, c’est que ça corresponde à vos besoins et que l’agent puisse se repérer sans que l’on doive tout réexpliquer à chaque prompt.
Les premières informations de contexte
Dans le dossier 00-contexte, on va créer trois fichiers Markdown.
Petite parenthèse sur Markdown : c’est un format de texte très simple, avec quelques conventions pour les titres, les listes, les liens ou le gras. Vous n’avez pas besoin de le maîtriser pour démarrer. Au pire, vous écrivez du texte sans aucune mise en forme. Au mieux, vous utilisez quelques titres avec
#et des listes avec-.Son gros avantage, c’est qu’il reste lisible partout. Ce n’est pas enfermé dans un service. On reste propriétaire de nos fichiers, et les modèles IA comprennent parfaitement ce format.
a-propos-de-moi.md
Ce fichier sert à donner le contexte humain, perso et professionnel. Qui vous êtes, ce que vous faites, vos sujets, vos objectifs, vos contraintes, vos rôles, vos domaines, etc.
L’idée n’est pas d’écrire une autobiographie complète. L’idée est d’éviter de répéter à chaque demande : “je suis indépendant”, “je suis expert en”, “mes clients sont”, etc. Pensez donc à tout ce qui sera utile à l’agent pour réussir les objectifs que vous lui donneraient.
Commencez simplement, et améliorez-le au fil du temps.
Pour donner des exemples tout au long de cet article, imaginons un personnage fictif :
# À propos de moi
Je suis Arthur, président de l'association "La Table Ronde".
Je gère une équipe de chercheurs sur le terrain (les "chevaliers").
Mon rôle est de suivre leurs avancées et de valider l'utilisation de notre budget annuel (financement de l'association).
Mes priorités quotidiennes :
1. Cartographier précisément les zones explorées pour éviter les doublons.
2. Suivre les indices concrets (sources historiques, pistes archéologiques).
3. Surveiller les dépenses logistiques (frais de déplacement, tavernes, équipement).
mon-style.md
Ce fichier décrit votre façon d’écrire et communiquer. Le ton, niveau de détail, structure, mots à éviter. Ajoutez aussi des exemples et contre-exemples pour aider l’agent à comprendre votre plume. Les exemples sont très puissant, mettez-en !
J’en profite pour glisser une astuce : utilisez votre agent pour vous aider à remplir ce type de fichiers. Vous pouvez lui demander de vous aider avec une suite de questions/réponses par exemple. Ou vous pouvez lui fournir des textes que vous avez rédigés. À vous de voir.
# Mon style
- **Ton :** Direct, pragmatique, professionnel mais accessible.
- **Structure :** Toujours utiliser des listes à puces et des tableaux pour les chiffres. Pas de longs paragraphes.
- **Niveau de détail :** Synthétique.
- **Formulations à éviter :**
- Supprimez toutes les formules de politesse excessives (pas de "noble roi", "Sire", "seigneur")
- Aucune expression vague ("on a cherché partout", "pas mal d'argent"). Je veux des faits précis.
regles.md
Ce fichier pose les règles de fonctionnement de l’agent. Ce qu’il doit faire, éviter, demander, où il doit écrire les résultats, comment nommer les fichiers. Et aussi comment fonctionne notre espace de travail.
# Règles de fonctionnement de l'agent
Tu dois respecter strictement les règles suivantes :
- **Limites de connaissances :**
- Si une information importante manque, pose une question plutôt que de supposer.
- Dis explicitement quand tu n'es pas sûr.
- **Gestion du workspace :**
- Ne modifie jamais les fichiers du dossier `00-contexte` sans me demander.
- Mes projets en cours sont situés dans `01-projets`.
- Mes templates sont dans `02-templates`.
- Écris toutes les synthèses générées exclusivement dans le dossier `03-livrables`.
- **Traitement des données :**
- Ignore systématiquement les anecdotes personnelles, les histoires de taverne, les plaintes sur la météo ou la nourriture.
- Ne conserve que : la zone géographique explorée, les indices concrets, et le montant total des dépenses.
Ajouter des instructions globales
Il faut savoir que les agents ne lisent pas automatiquement nos fichiers - son contexte exploserait sinon. Il faut soit directement les mentionner dans un prompt, soit que l’agent estime de lui-même qu’il doit lire le contenu de nouveaux fichiers pour réaliser son objectif.
Il y a quelques exceptions. Il est possible de créer des instructions globales. On peut les ajouter dans les paramètres de l’application, ou en créant un fichier spécial à la racine de notre workspace : AGENTS.md (pour la plupart) sinon CLAUDE.md (pour Claude).
C’est comme un brief permanent pour l’agent, il chargera ces instructions à chaque conversation. Et ça nous intéresse. On a au moins envie de lui indiquer de prendre en compte nos fichiers de contexte pour éviter de devoir lui rappeler à chaque fois.
Avant chaque tâche, commence par lire les fichiers du dossier `00-contexte`.
Je conseille d’utiliser les fichiers de type AGENTS.md/CLAUDE.md plutôt que les paramètres de l’application. Si demain vous changez d’outil, vos fichiers restent là. Vous n’avez pas tout caché dans les réglages d’un compte ou d’une app.
Autre chose à savoir, vous pouvez être granulaire. Une instruction globale à la racine du workspace, puis des instructions locales dans un dossier projet. On a des informations, règles, styles qui ont du sens uniquement pour un projet.
AGENTS.md
01-projets/
└── graal/
└── AGENTS.md
Première mission
Ça y est, la base est prête. Vous pouvez commencez à utiliser un agent personnalisé avec votre contexte, dans votre projet.
Mettons-nous à la place d’Arthur. Que pourrait-il faire ? Il reçoit de nombreux rapports de quêtes de la part de ses chevaliers. Des rapports très longs, bourrés de détails inutiles, de plaintes, d’anecdotes de tavernes, etc.
Il n’a pas de temps à perdre, il a déjà beaucoup de responsabilités. Il aimerait bien avoir des synthèses avec les informations essentielles pour prendre des décisions. Et ça tombe bien, dans son contexte, il a déjà indiqué son style et ses règles.
Il lui suffirait de mettre les fichiers texte contenant les rapport dans le dossier 01-projets/graal/rapports et de faire une simple demande à un agent :
Pour le projet Graal, je veux une synthèse des rapports des chevaliers.
Et ça suffit. On voit tout de suite la différence avec un chat. Ici, l’agent possède tout le contexte utile. Il peut décider d’aller chercher d’autres informations (les rapports). Puis il va réaliser la tâche demandée à l’origine : faire une synthèse. Le prompt est d’ailleurs assez court, car l’espace de travail a été préparé en amont.
C’est un cas d’usage simple, mais il permet de voir la puissance des agents. On pourrait lui demander de générer des slides sur Google Sheet pour faire une présentation des avancées. Ou de tenir à jour notre fichier Excel des dépenses.
Ce qu’il vous faut maintenant, c’est détecter quels sont tout vos process, ceux que vous répétez le plus et qui pourraient vous apporter rapidement de la valeur.
Les vérifications restantes
Une ia peut toujours se tromper, haluciner, mal interpréter une note, oublier une contrainte, etc. Vérifiez toujours le résultat. Puis, éventuellement, améliorez votre espace de travail.
Par exemple, si l’agent écrit toujours trop long, améliorez mon-style.md. S’il modifie des fichiers qu’il ne devrait pas toucher, précisez regles.md. S’il oublie une section dans chaque livrable, modifiez votre template.
C’est là que le workspace devient intéressant. Il s’améliore avec l’usage.
Pour aller plus loin
Nous voilà avec une bonne base de départ. Avec le temps, vous pourrez l’améliorer de nombreuses manières :
- en retravaillant le workspace, la structure,
- en ajoutant du contexte sur vous et vos projets,
- en connectant l’agent à d’autres outils et services (mails, drive, calendrier, slack, notion, …),
- en créant des SKILLS pour rendre réutilisable des process que vous faites régulièrement,
- en créant des tâches récurrentes,
- en creusant des concepts comme la mémoire, la gestion ducontexte, les tokens, etc.
Mais d’ici là, pratiquez, jouez avec votre nouvel espace de travail !