Sortir la bonne pièce au bon moment
Je ne sais pas trop où je vais avec ça, mais j’ai envie de raconter une histoire qui m’est venue sous la douche, ma fameuse corne d’abondance des pensées. Je me remémorais une soirée jeux de société. On était sur une partie de Pandaï, un jeu de stratégie terriblement simple et efficace que j’aime beaucoup (et je le recommande les yeux fermés).
À un moment, sur une des parties, j’ai réussi un joli coup. Le genre de coup où l’on voit deux tours plus loin et où l’on combine tous les éléments possible ensemble. Les deux autres joueurs s’étaient en plus alliés contre moi mais j’avais réussi à les vaincre.
Laure m’avait dit une phrase que je me suis noté :
Wow, impressionnant. Moi je suis incapable de penser aussi loin comme ça. Je ne suis pas réfléchie.
Sur le moment, j’ai pris le compliment, ça m’a fait plaisir. Je pense que c’est une de mes qualités. Pour autant, être réfléchi, ça a aussi des défauts. Quand on pousse trop la réflexion, on peut rater une occasion, on peut se déconnecter du moment présent, on peux rester paralysé dans l’analyse.
Et plus l’eau coulait (je vous rappelle que je suis sous la douche, enfin pas là maintenant hein, pendant que je repensais à la partie), plus j’avais l’image d’une pièce qui me venait.
S’adapter à une situation
J’ai donc commencé à divaguer en visualisant un trait comme deux faces d’une pièce, avec ses avantages et ses défauts. Restons sur réfléchi.
Côté face, la réflexion m’aide. Elle me permet d’anticiper, de ne pas me jeter sur la première solution venue, de projeter les conséquences d’une décision avant de la prendre. Dans un jeu de stratégie, dans un choix difficile, dans un moment où il y a besoin d’analyser, c’est précieux.
Côté pile, cette même réflexion peut devenir lourde. Je peux trop analyser, attendre le moment parfait, comparer une dizaine d’options alors que deux auraient très bien fait l’affaire. Alors qu’on est dans un moment où il faut avancer maintenant, on risque de se déconnecter du moment présent, de ne rien faire.
Ça me fait penser à l’expression “les défauts de ses qualités”. Les deux vivent ensemble. Ce n’est pas noir ou blanc, bien ou mal. Ce trait, cette pièce a deux faces et selon la situation elle sera plus ou moins adaptée. Quelque chose que l’on perçoit comme un défaut pourrait devenir une qualité dans un autre contexte.
Ce n’est pas une étiquette
En continuant mon cheminement de pensées, je me suis mis à imaginer une petite sacoche remplie de pièces. Un bourse un peu médiévale pour être plus précis - ça a un côté heroic fantasy que j’aime bien. Avec moi, j’ai donc tout un ensemble de traits à ma disposition. Il n’y a pas seulement réfléchi, il pourrait y avoir aussi créatif, curieux, joueur, etc.
On a tous une pièce qu’on sort plus naturellement que les autres, celle qui tombe dans la main sans effort. On en a d’ailleurs certainement plusieurs. Mais ça ne veut pas dire que les autres n’existent pas ou sont inaccessibles.
“Je suis réfléchi” ne veut pas dire que je le suis constamment, ou que je suis condamné à l’être. C’est la même chose avec l’inverse, pour reprendre la phrase de Laure qui a lancé toute cette histoire : “Je ne suis pas réfléchie” ressemble à une fatalité alors que dans d’autres situations, elle avait de très bonnes réflexions.
Et c’est le moment où un second jeu de société s’est invité pendant que l’eau continuait de couler. Cette fois, c’est le Poker des cafards, un jeu rapide que j’adore et qui procure de superbes fou rires avec ses amis.
Le principe du jeu ? On donne une carte face cachée depuis notre main à quelqu’un en annonçant ce qu’elle est. Par exemple : “c’est une mouche”. Le destinataire peut alors dire que c’est vrai ou faux. S’il a raison, l’expéditeur posera la carte devant lui. Sinon, la carte sera devant le destinataire. Le joueur qui reçoit la carte peut aussi regarder la carte et la passer à quelqu’un d’autre en refaisant une annonce. La partie s’arrête quand il y a quatre cartes identiques devant un joueur : c’est le grand perdant.
Un concept simple qui se transforme rapidement en un théatre de mensonges, de tentatives de bluff sauvages, de profiling de ces sourires bien trop suspects et d’acharnements qui nous conduisent à notre perte. Testez-le, vraiment !
Dans ce jeu, il y a toujours un moment où j’adore faire un coup totalement à l’instinct. Je reçois une carte. Je ne la regarde même pas. Je la tends à un troisième joueur et j’annonce un truc au hasard. “Ne croit surtout pas Thierry, il a menti, en fait c’est un cafard”.
Est-ce que c’est un coup réfléchi et logique pour gagner ? Pas du tout. Je viens d’annoncer un des animaux au hasard. J’ai très peu de chance que ce soit réellement celui-là sur cette carte face cachée. Mais ça me fait marrer. C’est un coup de folie sur le moment.
On pourrait dire que j’utilise deux autres traits / pièces : spontanné et joueur. Je joue à l’instinct, je prends un risque démesuré, je veux juste m’amuser… c’est littéralement irréfléchi. Je n’ai pas d’étiquette “je suis réfléchi” qui me contraint à le rester sans cesse.
Je peux jongler avec les pièces. Quand je commence à faire ce coup, il y a presque toujours une ou deux personnes qui ont envie de tenter la même chose dans la soirée. Et quand ils le font avec moi, j’ai un choix. Parfois je suis réfléchi et je réponds mécaniquement faux car je sais que les probabilités sont avec moi. Parfois je suis encore plus joueur et je vais dans la surenchère de chaos en passant la carte à une autre personne en ne la regardant toujours pas.
Séchage
Bon, j’ai assez divagué, il est temps de sortir de la douche. Comment je conclus avec tout ça par contre… Je vois au moins deux choses intéressantes qui peuvent ressortir de cette histoire.
L’intelligence situationnelle : Il faut s’avoir s’adapter, savoir quelle pièce sortir selon la situation. Chaque trait a ses forces et faiblesses dans un contexté donné.
L’illusion de l’étiquette : On a une collection complète de pièces dans notre sacoche. On peut puiser dans d’autres forces même si elles semblent loin de notre étiquette. Une étiquette qui n’existe d’ailleurs pas.
Qu’est-ce que vous pouvez faire maintenant ? Faire un peu d’introspection ou courir dans une boutique de jeux pour acheter Pandaï et le Poker des cafards. Choisissez votre pièce !